lundi 20 novembre 2017

« Les réalités plurielles » de Marc Guimo


Marc Guimo
anti-selfie de Marc Guimo
Ce mois-ci, j'ai préfacé le « Marc Guimo »...

Car Marc Guimo est un des rares poètes actuels, avec quelques autres, à avoir des choses à nous dire sur ce sombre aujourd’hui, où la valeur travail d’un individu est entrée dans ce que j’appellerai « L’âge de merde ». En plus, cerise sur le poète, Marc Guimo le fait avec talent, lucidité et humour. Ce qui n'est pas non plus pour me déplaire.

Un début de réalité est le premier recueil publié « de son vivant » par Marc Guimo, poète quadra. Il est coédité par la revue Décharge et les éditions Gros Textes, sous l’œil impitoyable de Claude Vercey, dans la collection « Polder ».

Un début de réalité Marc Guimo (2017)
On peut acheter ce Polder n°175  ICI.

Sinon, on peut faire plus ample connaissance avec Marc Guimo sur Facebook ou découvrir l’esprit de quelques-uns de ses textes sur son blog : Réalité dispersée


Par le passé, la collection Polder a publié des poètes comme : Sophie G. Lucas, Jean-Michel Robert, Christophe Jubien, Amandine Marembert, Jean-Christophe Belleveaux, Jean-Marc Proust, Thierry Radière, Grégoire Damon, Simon Allonneau, Sammy Sapin… Autant de gages de qualité !

vendredi 17 novembre 2017

Hawad et Jacques Roubaud


Hawad furigraphieHawad
Furigraphie : Poésies 1985-2015
Trad. du touareg par l'auteur et Hélène Claudot-Hawad
Gallimard, coll. Poésie, n°523, 2017
7,30 €

« Né en 1950, ce poète du désert met en scène le thème de la frontière, matérielle ou immatérielle, dans une œuvre minérale marquée par la culture nomade et par la résistance anticolonialiste. »

Une belle découverte qui change des recueils « Poésies du monde » des éditions Bruno Doucey.

Ce poète aurait certainement plu au regretté Claude Couffon (1926-2013), grand spécialiste des écrivains espagnols et latino-américains. Il plaira sans doute à Laurent Bouisset, né en 1981 , jeune passeur de nouveaux poètes latino-américains avec son site fuegodelfuego, lui-même avide de découvertes !


Jacques Roubaud je suis un crabe ponctuel
Jacques Roubaud
Je suis un crabe ponctuel : anthologie personnelle, 1967-2014
Gallimard, coll. Poésie, n°516, 2016
6,20 €

« Cette anthologie réunit des poèmes extraits de huit recueils publiés entre 1967 et 2014. L'écrivain propose des textes évoquant sa vie, l'humanité, la ville, la déambulation cosmopolite, le temps qui passe ou encore la nuit. »

Un beau patchwork de textes à l'écriture singulière, aux thématiques variées, se moquant des modes, jouant avec beaucoup de formes poétiques - comme c'est souvent le cas chez Roubaud, ex-mathématicien et Oulipien depuis 1966.
Un seul regret : l'absence cruciale d'une préface à ce livre pour expliquer le parcours en poésie de Jacques Roubaud, depuis près de 50 ans. Mais seul le poète et ami de l'auteur, Claude Roy (1915-1997), aurait pu relever le défi !

jeudi 16 novembre 2017

Poèmes Cut-up n°12

à Marc Guimo 

Poèmes Cut-Up n° 12 : « C'est en écrivant qu'on devient écrevisse. » Francis Picabia


L'amour meurt plus souvent qu'on croit 

« L'Amour est un bouquet de vio-let-tes » chantait Luis Mariano.
Pour la femme de mon ignoble voisin, c'était plutôt un bouquet de violences...

*** 

N'en déplaise à Rudyard Machin... 

Tu seras ce que tu seras, mon fils.

***


Opération en bonne et due forme

Les vieux poètes mettent les jeunes en valeur.

*** 

René Char se prend un savon

 « L'essentiel est sans cesse menacé par l'insignifiant. » Ma coiffeuse pense au contraire que rien n'est insignifiant... ni essentiel d'ailleurs...

*** 

L'ingratitude de la lecture sportive 

J'ai lu ÉNORMÉMENT de livres sur le sport sans résultat apparent.

*** 

Lady long solo 

Dans le métro parisien, cette femme semblait en lutte armée avec le monde entier. Même quand le monde la laissait tranquille.

*** 

Tous complices ! 

Je me souviens d'un prof qui reluquait les jeunes filles qui se déshabillaient dans les vestiaires de sport du collège. Tous les adultes le laissaient faire. Tout ce monde-là était déjà complice de ce sale type au regard concupiscent.

*** 

Chaque voix compte 

Encore faut-il avoir trouvé la sienne !

*** 

Fausse sortie 

Un temps à ne pas mettre un parapluie dehors.

Lynda Carter alias Wonder Woman
Lynda Carter alias Wonder Woman
*** 

WANTED « Wonder Woman »

Une fille aux pouvoirs surnaturels, je n'y crois pas beaucoup moi-même.

*** 

Instant Karma 

L'ambulance a encore accéléré en passant devant la maison. Ouf !

*** 

Cimetière sur pieds 

Toutes ces paires de chaussures que je garde inutilement - comme si j'avais une multitude de pieds en réserve.

*** 

L'habit de l'aumônier ne faisait pas le moine

Je me rappelle cet aumônier de lycée catholique qui prenait des élèves sur ses genoux sur un banc dans la cour. Et, surtout, de cette scène surréaliste où le Directeur, alors rouge de colère, l'a surpris et a foncé droit vers lui. L'aumônier s'est senti tout penaud. Pris au piège. Puis, en un éclair de seconde, il s'est assis à côté de l'un de ses favoris. Comme si de rien n'était. Que tout cela était terriblement normal.

*** 

Euthanasie de circonstance 

Est-ce que les aphorismes, trop tristes, on peut les étouffer sous un gros mouchoir ?

*** 

C'est dommage...

 Cet écrivain soit-disant cimiesque ne redescend plus jamais (de son arbre) parmi nous.

*** 


Si j'avais pu...

 La cellule familiale, j'aurais choisi un autre terme pour y revenir plus souvent.

*** 

Agacement pas si fictionnel que ça

 Plus j'ai de livres dans ma bibliothèque, plus j'étouffe.

*** 

C'est con mais c'est comme ça...

Quand un poète vend ses recueils dans un salon du livre, on l'attend généralement au tournant.

*** 

Culinothérapie

 « Si je mange énormément... c'est sans doute que j'ai un joli creux à combler quelque part. » m'a dit, un jour, en pouffant, cette ravissante fille en dévorant un couscous merguez.

*** 

Compte à rebours

Quand on a de l'arthrose, cela signifie-t-il que l'art prend déjà la fuite en douce ?

*** 

La vie est mal faite !

 Les seins des femmes dégringolent toujours, à l'arrivée.

*** 

Je pense souvent à mes morts...

 Il m'arrive même de leur tresser de nouveaux jours heureux dans le ciel de mes jours enfouis.

*** 

Glissement subreptice de l'existence

 Il y a quelques années, il m'était encore possible de me mettre au vert sans conséquence que ce soit. Aujourd'hui, je n'ai plus d'autre possibilité que celle de me mettre en veille.

*** 

Avec les années, 

je suis devenu plus anxieux, paraît-il. Alors que je me trouve moins inconscient voire plus réaliste.

*** 

Sagesse éthylique 

Je ne suis pas convaincu que cet alcoolique ait touché le fond... de la bouteille.

*** 

Si tu souhaites te « mettre au vert » en automne, fais vite...

 car ça va bientôt virer au jaune orangé.

*** 

Pas gai, le marin 

Mon ego est au plus bas. Je suis à deux doigts de l'envoyer à l'égout.

*** 

« Fallet y pensait, Calaferte ! » 

« L’actualité, je ne peux pas suivre, c’est tous les jours. » a écrit Louis Calaferte dans Fac-similé aux éditions Tarabuste. Par contre, l'actu alité, c'est déjà beaucoup plus facile à suivre, ai-je envie d'ajouter.

*** 

Lifting-réalité

C'est incroyable comme le nombril de certains personnes s'étire indéfiniment, même au-dessus de leurs bouches.

*** 

Casse-tête pour la poètocratie

De nos jours, les poètes ont toujours autant de cœur à revendre mais aussi beaucoup plus de fils à retordre.

*** 

André Frédérique aurait pu l'écrire... 

Je ris de plus en plus souvent, seul avec mon ombre.

*** 

Parenticide fiasco

 Tuer père et mère d'accord, mais après ?

*** 

Le beau troupeau des syndicalistes qui sème le vent

 Je les vois agiter leurs beaux drapeaux. Mais, au final, qu'est-ce qui change vraiment dans ce foutu monde ?

*** 

Chasse : il tire sur son camarade lors d'une dispute

 Le Président de la Fédération des chasseurs de la Somme se défend en affirmant qu' « il y a des bagarres aussi à la sortie des bals. »

*** 

Travail clandestin 

Ils discutent de longues heures, en toute décontraction, dans le bureau d'à côté. Est-ce qu'ils ont vraiment beaucoup d'heures de travail au compteur, les chefs ?

*** 

Une fois, au collège, je me suis fait virer du cours d'anglais 

La prof avait d'mandé : Comment dit-on « j'ai mes clés ? »
J'ai répondu : Madame, j'le sais… mais il faut que je le dise en rasta… et j'ai crié : « Jimmy Cliff ! »
Elle n'a visiblement pas apprécié.


*** 

Quand on a Rimbaud revolver, le cul lasse… 

C’est sans conteste le revolver le plus connu de la littérature française. Le revolver de Verlaine (arme à 6 six coups de calibre 7 millimètres) ayant blessé Rimbaud en 1873 sera vendu aux enchères chez Christie’s, à Paris, le 30 novembre prochain.

*** 

J'habite à la campagne 

Là-bas, le matin, dans le brouillard environnant, la terre respire ; de l'autre côté de la route, où persistent des fumées de voitures et d'usines, près d'un canal pollué, la ville se meurt.

*** 

Syndrome vieillissant de constipation littéraire

Kafka, sinon rien.

*** 

Une fringale littéraire peut-elle mener aux urgences ? 

Une dale de mots entraîne-t-elle nécessairement un mal de dos ?

*** 

Struggle for life

 Pendant que ma compagne et mon fils dorment à poings fermés, je couche des aphorismes en tapant comme un forcené sur les touches de l'ordinateur avec mes poings tuméfiés.

*** 

Au feu ! 

Quand j'étais gosse, j'étais fasciné par les armes de toutes sortes : poignards, arcs, haches, pistolets, fusils d'assaut, shuriken, poings américains, ça n'a pas duré, heureusement, ça n'a pas duré.

*** 

Rentier sinon rien 

Hériter à tout prix, sauf de la connerie humaine.

*** 

Rimbalmienne hallucination 

Ce matin, de bonne heure - comme Rimbaud qui « s'habituait à l'hallucination simple, voyant très franchement une mosquée à la place d'une usine » - j'ai confondu une contrebasse posée contre un mur avec un double évier posé à l'envers.

*** 

Carpe diem bien fou 

Un jour, on va finir par mourir d'hypothèses et on ne saura, peut-être, tout simplement plus vivre de son vivant.

*** 

L'humain d'aujourd'huître 

Je me demande si le collectif a encore réellement un sens pour le commun des mortels égocentrique, narcissique et individualiste ?

*** 

C'est curieusement contradictoire 

Est-ce que contrairement à ce qu'on pense habituellement, ce n'est pas plutôt lorsqu'on ne prend pas assez de hauteur que l'on risque de s'écraser ?

*** 

Je ne suis pas diptérophile 

Dès que je m'assois tranquillement à mon bureau pour écrire, il se trouve toujours une grosse mouche bleue qui tourbillonne pour m'emmerder !

*** 

Chut, Merde... 

Qu'est-ce que le silence est silencieux, quand on y pense silencieusement...

*** 

Histoire d'O-reiller 

Je n'ai toujours pas compris cette fille qui m'a dit un jour :
« Tu es sexuellement métaphysique. »

*** 

Pardon aux filles qu'on a laissé tomber... 

La tristesse est un mur entre deux sagouins.

***

lundi 13 novembre 2017

Sécurité renforcée de Sean Doolittle

Éditions Payot & Rivages, mars 2016
22 €

Originaires de la côte Est des États-Unis, Paul Callaway et sa femme Sara, professeurs d'Université, viennent d'être mutés et se sont installés, depuis quelque temps déjà, à Clark Falls, une petite bourgade paisible, dans un quartier résidentiel, au voisinage avenant. Tandis que Paul et Sara donnent une petite réception chez eux en l'honneur des membres de la faculté, la police de Clark Falls vient arrêter Paul à leur domicile.
Dans sa cellule, la tête prise dans un tourbillon, et après avoir rencontré brièvement son avocat commis d'office, Douglas Bennett, Paul Callaway essaye de remettre de l'ordre dans ses pensées et de se remémorer le film de ces 5 derniers mois qui ont pu l'emmener jusqu'ici, avec un mandat d'arrêt sur le dos, pour des « faits pornographiques sur mineure » qu'il n'a visiblement pas commis...

Un bon polar palpitant, extrêmement bien écrit, et bien traduit par Élie Robert-Nicoud.

Né en 1971 dans le Nebraska, Sean Doolittle est « un jeune auteur sacrément habile » qui a notamment été repéré par Dennis Lehane, Michael Connely et Georges Pelecanos.

jeudi 9 novembre 2017

Le Choix des couleurs de Pierre Tilman

Pierre Tilman Le choix des couleurs

Voici mon « Prix Apollinaire à moi » qui devient par la même occasion le premier Prix de Poésie « Le feu central ».

En 2017, je le remets symboliquement à Pierre Tilman et à son parfait éditeur, « La rumeur libre éditions », qui fait notamment le pari de publier des anthologies de poètes vivants et importants.

Le Choix des couleurs de Pierre Tilman n’est pas à proprement dit un recueil anthologique de ce dernier, mais son nouveau recueil. On y retrouve le direct et percutant Tilman d’hier, celui du fameux Hôpital silence publié chez Seghers en 1975 mêlé au Tilman plus ludique et drôle des derniers recueils édités depuis C'est l'histoire d'un type (1993) à aujourd'hui.

Pierre Tilman
Exposition Pierre Tilman, centre culturel, Tinqueux, 2009.

Depuis bientôt 50 ans, Pierre Tilman est un poète essentiel, particulièrement original, emballant, et surtout représentatif de notre époque.

Chers lectrices et lecteurs, acheter ce livre n’est pas un simple conseil, c’est une sommation !


Un extrait du recueil :


JE SUIS UN RATÉ RÉUSSI


au début
quand je suis jeune
tout marche bien.
j’ai un prix de poésie
je suis publié chez le meilleur éditeur
et mon bouquin est celui qui se vend le mieux
de toute la collection
en tant qu’artiste je suis invité dans les musées
j’expose à plusieurs reprises dans la même galerie
et à chaque fois je vends une bonne partie de mon expo
je ne me rends pas compte
je trouve ça normal

je suis un réussi

ensuite vers trente-cinq quarante ans
ça a moins bien gazé
mes recherches sont pourtant pour moi super
importantes
mais elles passent à côté de la tête des pros
il y a un climat de confusion autour de moi
je suis toujours présent
j’aime ce que je fais
mais déjà je m’éloigne

je suis un réussi raté

et puis ça se complique encore
le milieu m’emmerde
je ne fais plus du tout partie des pros
je les provoque seulement en étant
ce que je suis
je prends vraiment mes distances
j’efface mes traces
je vais vers la disparition
je n’ai plus envie de signer quoi que ce soit

je suis un raté

tout s’est clarifié
vers soixante ans
mon boulot est redevenu évident
mieux qu’avant
plus simple
plus complet
le milieu les pros je n’en ai rien à foutre
je prends mon pied
et je vieillis

je suis un raté réussi


Pierre Tilman in Le Choix des couleurs, la rumeur libre éd., coll. Plupart du temps, 2017, 19 €.

On peut l'acheter directement sur le site de La rumeur libre éditions ou le commander en librairie, numéro d'ISBN : 978-2-35577-146-0
 

lundi 6 novembre 2017

Poètocratie

J'aime beaucoup cette photo de poètes datant de 1972 que l'on doit à Marc Pessin et que j'ai dénichée dans le recueil anthologique : 108 poèmes-clefs (1963-1993) de Dominique Tron, né en 1950.
Pour la petite histoire de la poésie, Dominique Tron a été publié, à l'âge de 15 ans, par Pierre Seghers avec son e
xcellent recueil Stéréophonies  (1965) qui sera plébiscité par Louis Aragon et Elsa qui en rédigera la préface.

On y voit du beau linge - comme on dit - mais je ne sais pas si tous ces poètes parleront encore à la nouvelle génération ? On y voit, de gauche à droite, en partant du fond :
Pierre Seghers, souriant, Édouard J. Maunick, Pierre Emmanuel, seul poète à avoir démissionné de l'Académie française, Jean-Claude Renard, Jean Breton,  Gisèle Prassinos, Rouben Mélik, Dominique Tron et Marc Alyn.

poètes d'hier

jeudi 2 novembre 2017

Nouveau !

« Cabinet de lectures » est une toute nouvelle rubrique que je lance sur le blog aujourd'hui.
Elle vous parlera régulièrement mais brièvement de mes enthousiasmes de lecteur, en dehors du champ de la poésie.


lart-de-zero-a-linfiniL'art de zéro à l'infini (et au-delà...)
Philippe Nessmann
Éd. Palette, 2016
16,90 €

C'est un livre savoureux qui consigne 200 anecdotes amusantes ou insolites (en chiffres) sur l'histoire de l'art et à la conception graphique non moins originale.
On apprend par exemple que « Van Gogh a vendu 1 seul tableau de son vivant : La vigne rouge en 1888 à la sœur d'un ami peintre » ou que
« Banksy, l'une des stars de l'art urbain (dont on ignore toujours l'identité), a vendu, incognito, en 2013, sur un stand d'une rue de New York, des toiles graffées à 60 $ achetées par seulement 8 passants. Coût estimé aujourd'hui plus de 600 000 $, chacune ! »

Cet ouvrage sérieux et ludique - qui illustre bien la devise de l'artiste franco-américain, Robert Filliou (1926-1987) : « L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art. » - constitue une très belle réussite.