mardi 5 décembre 2017

Gens du Nord de Geoffroy Deffrennes

gens du nord geoffroy deffrennes
HD Ateliers henry dougier, coll. Lignes de vie d'un peuple, 2017
14 Euros


Geoffroy Deffrennes, ex-reporter à La Voix du Nord, dresse les portraits sensibles des nouveaux acteurs et/ou militants locaux qui dynamisent le Nord, d’un point de vue culturel, associatif ou entrepreunarial, en gardant au cœur les valeurs d’accueil et de solidarité des habitants des Hauts-de-France.
24 passionnants acteurs de la région interviewés racontent leurs parcours de vie et d’engagement. Parmi eux, citons Cédric Bacqueville, jeune galeriste lillois qui rayonne jusqu'à Paris et Bruxelles, Olivier Conan et son festival de musiques actuelles « Les Nuits Secrètes » d’Aulnoye-Aymeries, Dominique Tourte et ses éditions Invenit qui s’emparent désormais du numérique, Philippe Lamblin, homme multi-casquettes, instigateur du meeting d’athlétisme international de Liévin ou encore Christian Salomé et son association « L’Auberge des Migrants » qui organise des deux côtés de la Manche, avec ses homologues anglais, le quotidien des réfugiés... Mais il faudrait presque toutes et tous les citer car chacune et chacun d'entre eux contribuent à leur manière à redorer l'image du Nord-Pas-de-Calais, région finalement plus innovante et inventive que ce que l'on croie...

Un livre enthousiasmant.


mercredi 29 novembre 2017

Nord magnétik, les 1, 2 et 3 décembre 2017 à Lille


escales hivernales nord magnétik
C’est le nom du festival littéraire programmé cette année par l’association « Escales des Lettres », de vendredi soir à dimanche soir, dans le lieu branchouille de la Gare Saint-Sauveur de Lille - près du parc Jean-Baptiste Lebas - avec pas moins de 7 événements qui ponctueront ce week-end prolongé !

Ça commence vendredi soir avec « So Nord », un spectacle de lectures éclectiques d’1h30 où onze auteurs septentrionaux (poètes, performeurs et romanciers) se succèderont sur scène, accompagnés par le compositeur et musicien Jacques Trupin.

S’en suivront 2 petits déj’ littéraires, les samedi et dimanche matins, avec l’écrivain Sorj Chalando, en invité d’honneur, et quelques autres de nos écrivains régionaux tels que Michel Quint, Dominique Sampiero, Carole Fives ou Patrice Robin… orchestrés par Thierry Guichard, rédacteur en chef de l’excellente revue Le Matricule des Anges.

Toute la chaîne régionale du livre s'est donné rendez-vous à Saint-So : auteurs, éditeurs, libraires…

D’autres temps forts seront également proposés au « Bistrot Saint-So » ou au « Cinéma Saint-So » comme une rencontre autour des éditions Invenit et sa collection « Ekphrasis » qui mêle littérature et peinture - où, au départ, un écrivain régional s’emparait d’une œuvre parmi les grandes collections des musées de la région Nord/Pas-de-Calais. Comme ce fut par exemple le cas pour Pierre Dhainaut, Ludovic Degroote, Gérard Farasse, Patrick Varetz, Lucien Suel…
On assistera également le dimanche après-midi à deux lectures-spectacles : l’une d’Amandine Dhée autour de son dernier livre, La femme brouillon, publié en 2016 aux éditions La Contre Allée puis l’autre, une toute nouvelle création inédite, Mes petites amoureuses, texte drôle et impertinent de Fanny Chiarello sur une musique originale composée par Clémentine Collette.
Enfin, la récente librairie de quartier, La Lison, installée fin 2015 à Lille, assurera le service pour les auteurs en dédicace tout au long de cette manifestation de littérature, avec un stand ambulant.

On y fera un saut ou deux !
Le programme complet de Nord magnétik

lundi 20 novembre 2017

« Les réalités plurielles » de Marc Guimo


Marc Guimo
anti-selfie de Marc Guimo
Ce mois-ci, j'ai préfacé le « Marc Guimo »...

Car Marc Guimo est un des rares poètes actuels, avec quelques autres, à avoir des choses à nous dire sur ce sombre aujourd’hui, où la valeur travail d’un individu est entrée dans ce que j’appellerai « L’âge de merde ». En plus, cerise sur le poète, Marc Guimo le fait avec talent, lucidité et humour. Ce qui n'est pas non plus pour me déplaire.

Un début de réalité est le premier recueil publié « de son vivant » par Marc Guimo, poète quadra. Il est coédité par la revue Décharge et les éditions Gros Textes, sous l’œil impitoyable de Claude Vercey, dans la collection « Polder ».

Un début de réalité Marc Guimo (2017)
On peut acheter ce Polder n°175  ICI.

Sinon, on peut faire plus ample connaissance avec Marc Guimo sur Facebook ou découvrir l’esprit de quelques-uns de ses textes sur son blog : Réalité dispersée


Par le passé, la collection Polder a publié des poètes comme : Sophie G. Lucas, Jean-Michel Robert, Christophe Jubien, Amandine Marembert, Jean-Christophe Belleveaux, Jean-Marc Proust, Thierry Radière, Grégoire Damon, Simon Allonneau, Sammy Sapin… Autant de gages de qualité !

vendredi 17 novembre 2017

Hawad et Jacques Roubaud


Hawad furigraphieHawad
Furigraphie : Poésies 1985-2015
Trad. du touareg par l'auteur et Hélène Claudot-Hawad
Gallimard, coll. Poésie, n°523, 2017
7,30 €

« Né en 1950, ce poète du désert met en scène le thème de la frontière, matérielle ou immatérielle, dans une œuvre minérale marquée par la culture nomade et par la résistance anticolonialiste. »

Une belle découverte qui change des recueils « Poésies du monde » des éditions Bruno Doucey.

Ce poète aurait certainement plu au regretté Claude Couffon (1926-2013), grand spécialiste des écrivains espagnols et latino-américains. Il plaira sans doute à Laurent Bouisset, né en 1981 , jeune passeur de nouveaux poètes latino-américains avec son site fuegodelfuego, lui-même avide de découvertes !


Jacques Roubaud je suis un crabe ponctuel
Jacques Roubaud
Je suis un crabe ponctuel : anthologie personnelle, 1967-2014
Gallimard, coll. Poésie, n°516, 2016
6,20 €

« Cette anthologie réunit des poèmes extraits de huit recueils publiés entre 1967 et 2014. L'écrivain propose des textes évoquant sa vie, l'humanité, la ville, la déambulation cosmopolite, le temps qui passe ou encore la nuit. »

Un beau patchwork de textes à l'écriture singulière, aux thématiques variées, se moquant des modes, jouant avec beaucoup de formes poétiques - comme c'est souvent le cas chez Roubaud, ex-mathématicien et Oulipien depuis 1966.
Un seul regret : l'absence cruciale d'une préface à ce livre pour expliquer le parcours en poésie de Jacques Roubaud, depuis près de 50 ans. Mais seul le poète et ami de l'auteur, Claude Roy (1915-1997), aurait pu relever le défi !

jeudi 16 novembre 2017

Poèmes Cut-up n°12

à Marc Guimo 

Poèmes Cut-Up n° 12 : « C'est en écrivant qu'on devient écrevisse. » Francis Picabia


L'amour meurt plus souvent qu'on croit 

« L'Amour est un bouquet de vio-let-tes » chantait Luis Mariano.
Pour la femme de mon ignoble voisin, c'était plutôt un bouquet de violences...

*** 

N'en déplaise à Rudyard Machin... 

Tu seras ce que tu seras, mon fils.

***


Opération en bonne et due forme

Les vieux poètes mettent les jeunes en valeur.

*** 

René Char se prend un savon

 « L'essentiel est sans cesse menacé par l'insignifiant. » Ma coiffeuse pense au contraire que rien n'est insignifiant... ni essentiel d'ailleurs...

*** 

L'ingratitude de la lecture sportive 

J'ai lu ÉNORMÉMENT de livres sur le sport sans résultat apparent.

*** 

Lady long solo 

Dans le métro parisien, cette femme semblait en lutte armée avec le monde entier. Même quand le monde la laissait tranquille.

*** 

Tous complices ! 

Je me souviens d'un prof qui reluquait les jeunes filles qui se déshabillaient dans les vestiaires de sport du collège. Tous les adultes le laissaient faire. Tout ce monde-là était déjà complice de ce sale type au regard concupiscent.

*** 

Chaque voix compte 

Encore faut-il avoir trouvé la sienne !

*** 

Fausse sortie 

Un temps à ne pas mettre un parapluie dehors.

Lynda Carter alias Wonder Woman
Lynda Carter alias Wonder Woman
*** 

WANTED « Wonder Woman »

Une fille aux pouvoirs surnaturels, je n'y crois pas beaucoup moi-même.

*** 

Instant Karma 

L'ambulance a encore accéléré en passant devant la maison. Ouf !

*** 

Cimetière sur pieds 

Toutes ces paires de chaussures que je garde inutilement - comme si j'avais une multitude de pieds en réserve.

*** 

L'habit de l'aumônier ne faisait pas le moine

Je me rappelle cet aumônier de lycée catholique qui prenait des élèves sur ses genoux sur un banc dans la cour. Et, surtout, de cette scène surréaliste où le Directeur, alors rouge de colère, l'a surpris et a foncé droit vers lui. L'aumônier s'est senti tout penaud. Pris au piège. Puis, en un éclair de seconde, il s'est assis à côté de l'un de ses favoris. Comme si de rien n'était. Que tout cela était terriblement normal.

*** 

Euthanasie de circonstance 

Est-ce que les aphorismes, trop tristes, on peut les étouffer sous un gros mouchoir ?

*** 

C'est dommage...

 Cet écrivain soit-disant cimiesque ne redescend plus jamais (de son arbre) parmi nous.

*** 


Si j'avais pu...

 La cellule familiale, j'aurais choisi un autre terme pour y revenir plus souvent.

*** 

Agacement pas si fictionnel que ça

 Plus j'ai de livres dans ma bibliothèque, plus j'étouffe.

*** 

C'est con mais c'est comme ça...

Quand un poète vend ses recueils dans un salon du livre, on l'attend généralement au tournant.

*** 

Culinothérapie

 « Si je mange énormément... c'est sans doute que j'ai un joli creux à combler quelque part. » m'a dit, un jour, en pouffant, cette ravissante fille en dévorant un couscous merguez.

*** 

Compte à rebours

Quand on a de l'arthrose, cela signifie-t-il que l'art prend déjà la fuite en douce ?

*** 

La vie est mal faite !

 Les seins des femmes dégringolent toujours, à l'arrivée.

*** 

Je pense souvent à mes morts...

 Il m'arrive même de leur tresser de nouveaux jours heureux dans le ciel de mes jours enfouis.

*** 

Glissement subreptice de l'existence

 Il y a quelques années, il m'était encore possible de me mettre au vert sans conséquence que ce soit. Aujourd'hui, je n'ai plus d'autre possibilité que celle de me mettre en veille.

*** 

Avec les années, 

je suis devenu plus anxieux, paraît-il. Alors que je me trouve moins inconscient voire plus réaliste.

*** 

Sagesse éthylique 

Je ne suis pas convaincu que cet alcoolique ait touché le fond... de la bouteille.

*** 

Si tu souhaites te « mettre au vert » en automne, fais vite...

 car ça va bientôt virer au jaune orangé.

*** 

Pas gai, le marin 

Mon ego est au plus bas. Je suis à deux doigts de l'envoyer à l'égout.

*** 

« Fallet y pensait, Calaferte ! » 

« L’actualité, je ne peux pas suivre, c’est tous les jours. » a écrit Louis Calaferte dans Fac-similé aux éditions Tarabuste. Par contre, l'actu alité, c'est déjà beaucoup plus facile à suivre, ai-je envie d'ajouter.

*** 

Lifting-réalité

C'est incroyable comme le nombril de certains personnes s'étire indéfiniment, même au-dessus de leurs bouches.

*** 

Casse-tête pour la poètocratie

De nos jours, les poètes ont toujours autant de cœur à revendre mais aussi beaucoup plus de fils à retordre.

*** 

André Frédérique aurait pu l'écrire... 

Je ris de plus en plus souvent, seul avec mon ombre.

*** 

Parenticide fiasco

 Tuer père et mère d'accord, mais après ?

*** 

Le beau troupeau des syndicalistes qui sème le vent

 Je les vois agiter leurs beaux drapeaux. Mais, au final, qu'est-ce qui change vraiment dans ce foutu monde ?

*** 

Chasse : il tire sur son camarade lors d'une dispute

 Le Président de la Fédération des chasseurs de la Somme se défend en affirmant qu' « il y a des bagarres aussi à la sortie des bals. »

*** 

Travail clandestin 

Ils discutent de longues heures, en toute décontraction, dans le bureau d'à côté. Est-ce qu'ils ont vraiment beaucoup d'heures de travail au compteur, les chefs ?

*** 

Une fois, au collège, je me suis fait virer du cours d'anglais 

La prof avait d'mandé : Comment dit-on « j'ai mes clés ? »
J'ai répondu : Madame, j'le sais… mais il faut que je le dise en rasta… et j'ai crié : « Jimmy Cliff ! »
Elle n'a visiblement pas apprécié.


*** 

Quand on a Rimbaud revolver, le cul lasse… 

C’est sans conteste le revolver le plus connu de la littérature française. Le revolver de Verlaine (arme à 6 six coups de calibre 7 millimètres) ayant blessé Rimbaud en 1873 sera vendu aux enchères chez Christie’s, à Paris, le 30 novembre prochain.

*** 

J'habite à la campagne 

Là-bas, le matin, dans le brouillard environnant, la terre respire ; de l'autre côté de la route, où persistent des fumées de voitures et d'usines, près d'un canal pollué, la ville se meurt.

*** 

Syndrome vieillissant de constipation littéraire

Kafka, sinon rien.

*** 

Une fringale littéraire peut-elle mener aux urgences ? 

Une dale de mots entraîne-t-elle nécessairement un mal de dos ?

*** 

Struggle for life

Pendant que ma compagne et mon fils dorment à poings fermés, je couche des aphorismes en tapant comme un forcené sur les touches de l'ordinateur avec mes poings tuméfiés.

*** 

Au feu ! 

Quand j'étais gosse, j'étais fasciné par les armes de toutes sortes : poignards, arcs, haches, pistolets, fusils d'assaut, shuriken, poings américains, ça n'a pas duré, heureusement, ça n'a pas duré.

*** 

Rentier sinon rien 

Hériter à tout prix, sauf de la connerie humaine.

*** 

Rimbalmienne hallucination 

Ce matin, de bonne heure - comme Rimbaud qui « s'habituait à l'hallucination simple, voyant très franchement une mosquée à la place d'une usine » - j'ai confondu une contrebasse posée contre un mur avec un double évier posé à l'envers.

*** 

Carpe diem bien fou 

Un jour, on va finir par mourir d'hypothèses et on ne saura, peut-être, tout simplement plus vivre de son vivant.

*** 

L'humain d'aujourd'huître 

Je me demande si le collectif a encore réellement un sens pour le commun des mortels égocentrique, narcissique et individualiste ?

*** 

C'est curieusement contradictoire 

Est-ce que contrairement à ce qu'on pense habituellement, ce n'est pas plutôt lorsqu'on ne prend pas assez de hauteur que l'on risque de s'écraser ?

*** 

Je ne suis pas diptérophile 

Dès que je m'assois tranquillement à mon bureau pour écrire, il se trouve toujours une grosse mouche bleue qui tourbillonne pour m'emmerder !

*** 

Chut, Merde... 

Qu'est-ce que le silence est silencieux, quand on y pense silencieusement...

*** 

Histoire d'O-reiller 

Je n'ai toujours pas compris cette fille qui m'a dit un jour :
« Tu es sexuellement métaphysique. »

*** 

Pardon aux filles qu'on a laissé tomber... 

La tristesse est un mur entre deux sagouins.

***

lundi 13 novembre 2017

Sécurité renforcée de Sean Doolittle

Éditions Payot & Rivages, mars 2016
22 €

Originaires de la côte Est des États-Unis, Paul Callaway et sa femme Sara, professeurs d'Université, viennent d'être mutés et se sont installés, depuis quelque temps déjà, à Clark Falls, une petite bourgade paisible, dans un quartier résidentiel, au voisinage avenant. Tandis que Paul et Sara donnent une petite réception chez eux en l'honneur des membres de la faculté, la police de Clark Falls vient arrêter Paul à leur domicile.
Dans sa cellule, la tête prise dans un tourbillon, et après avoir rencontré brièvement son avocat commis d'office, Douglas Bennett, Paul Callaway essaye de remettre de l'ordre dans ses pensées et de se remémorer le film de ces 5 derniers mois qui ont pu l'emmener jusqu'ici, avec un mandat d'arrêt sur le dos, pour des « faits pornographiques sur mineure » qu'il n'a visiblement pas commis...

Un bon polar palpitant, extrêmement bien écrit, et bien traduit par Élie Robert-Nicoud.

Né en 1971 dans le Nebraska, Sean Doolittle est « un jeune auteur sacrément habile » qui a notamment été repéré par Dennis Lehane, Michael Connely et Georges Pelecanos.

jeudi 9 novembre 2017

Le Choix des couleurs de Pierre Tilman

Pierre Tilman Le choix des couleurs

Voici mon « Prix Apollinaire à moi » qui devient par la même occasion le premier Prix de Poésie « Le feu central ».

En 2017, je le remets symboliquement à Pierre Tilman et à son parfait éditeur, « La rumeur libre éditions », qui fait notamment le pari de publier des anthologies de poètes vivants et importants.

Le Choix des couleurs de Pierre Tilman n’est pas à proprement dit un recueil anthologique de ce dernier, mais son nouveau recueil. On y retrouve le direct et percutant Tilman d’hier, celui du fameux Hôpital silence publié chez Seghers en 1975 mêlé au Tilman plus ludique et drôle des derniers recueils édités depuis C'est l'histoire d'un type (1993) à aujourd'hui.

Pierre Tilman
Exposition Pierre Tilman, centre culturel, Tinqueux, 2009.

Depuis bientôt 50 ans, Pierre Tilman est un poète essentiel, particulièrement original, emballant, et surtout représentatif de notre époque.

Chers lectrices et lecteurs, acheter ce livre n’est pas un simple conseil, c’est une sommation !


Un extrait du recueil :


JE SUIS UN RATÉ RÉUSSI


au début
quand je suis jeune
tout marche bien.
j’ai un prix de poésie
je suis publié chez le meilleur éditeur
et mon bouquin est celui qui se vend le mieux
de toute la collection
en tant qu’artiste je suis invité dans les musées
j’expose à plusieurs reprises dans la même galerie
et à chaque fois je vends une bonne partie de mon expo
je ne me rends pas compte
je trouve ça normal

je suis un réussi

ensuite vers trente-cinq quarante ans
ça a moins bien gazé
mes recherches sont pourtant pour moi super
importantes
mais elles passent à côté de la tête des pros
il y a un climat de confusion autour de moi
je suis toujours présent
j’aime ce que je fais
mais déjà je m’éloigne

je suis un réussi raté

et puis ça se complique encore
le milieu m’emmerde
je ne fais plus du tout partie des pros
je les provoque seulement en étant
ce que je suis
je prends vraiment mes distances
j’efface mes traces
je vais vers la disparition
je n’ai plus envie de signer quoi que ce soit

je suis un raté

tout s’est clarifié
vers soixante ans
mon boulot est redevenu évident
mieux qu’avant
plus simple
plus complet
le milieu les pros je n’en ai rien à foutre
je prends mon pied
et je vieillis

je suis un raté réussi


Pierre Tilman in Le Choix des couleurs, la rumeur libre éd., coll. Plupart du temps, 2017, 19 €.

On peut l'acheter directement sur le site de La rumeur libre éditions ou le commander en librairie, numéro d'ISBN : 978-2-35577-146-0
 

lundi 6 novembre 2017

Poètocratie

J'aime beaucoup cette photo de poètes datant de 1972 que l'on doit à Marc Pessin et que j'ai dénichée dans le recueil anthologique : 108 poèmes-clefs (1963-1993) de Dominique Tron, né en 1950.
Pour la petite histoire de la poésie, Dominique Tron a été publié, à l'âge de 15 ans, par Pierre Seghers avec son e
xcellent recueil Stéréophonies  (1965) qui sera plébiscité par Louis Aragon et Elsa qui en rédigera la préface.

On y voit du beau linge - comme on dit - mais je ne sais pas si tous ces poètes parleront encore à la nouvelle génération ? On y voit, de gauche à droite, en partant du fond :
Pierre Seghers, souriant, Édouard J. Maunick, Pierre Emmanuel, seul poète à avoir démissionné de l'Académie française, Jean-Claude Renard, Jean Breton,  Gisèle Prassinos, Rouben Mélik, Dominique Tron et Marc Alyn.

poètes d'hier

jeudi 2 novembre 2017

Nouveau !

« Cabinet de lectures » est une toute nouvelle rubrique que je lance sur le blog aujourd'hui.
Elle vous parlera régulièrement mais brièvement de mes enthousiasmes de lecteur, en dehors du champ de la poésie.


lart-de-zero-a-linfiniL'art de zéro à l'infini (et au-delà...)
Philippe Nessmann
Éd. Palette, 2016
16,90 €

C'est un livre savoureux qui consigne 200 anecdotes amusantes ou insolites (en chiffres) sur l'histoire de l'art et à la conception graphique non moins originale.
On apprend par exemple que « Van Gogh a vendu 1 seul tableau de son vivant : La vigne rouge en 1888 à la sœur d'un ami peintre » ou que
« Banksy, l'une des stars de l'art urbain (dont on ignore toujours l'identité), a vendu, incognito, en 2013, sur un stand d'une rue de New York, des toiles graffées à 60 $ achetées par seulement 8 passants. Coût estimé aujourd'hui plus de 600 000 $, chacune ! »

Cet ouvrage sérieux et ludique - qui illustre bien la devise de l'artiste franco-américain, Robert Filliou (1926-1987) : « L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art. » - constitue une très belle réussite.

mercredi 11 octobre 2017

Pauvres Boris Vian et Raymond Queneau !


Ce matin, en préparant une commande poésie dans le cadre professionnel, je découvre que tous les livres de Boris Vian (poèmes, nouvelles et romans) sont tous épuisés en collection 10/18.



Pour les recueils de poésie de Raymond Queneau (mis à part Cent mille milliards de poèmes et La Pléiade, volume 1. à 65 € chez Gallimard), c’est pareil.


« Si tu t’imagines xa va xa va xa… va durer toujours la saison des
z ‘A, Raymond, en poésie, ce que tu te goures… »




Et j'observe dans le même temps que Jean-Pierre Siméon va être publié dans la collection de poche « Poésie Gallimard », le 16 novembre prochain.

Les bras m’en tombent !

Des grands poètes comme Daniel Biga, Pierre Tilman, Jean L’Anselme (1919-2012) (plus de 40 recueils), François de Cornière n’y sont toujours pas, eux !


(Cette liste n'est pas exhaustive. Je vous laisse le soin de compléter la liste des Grands Oubliés, hommes et femmes des XXe et XXIe siècle.)

jeudi 5 octobre 2017

Inédits n°19

de Fanny CHIARELLO, née en 1974 :


fanny chiarello
Médiathèque d'Arnèke, 30 sept. 2017
 (© photo F-X Farine)



           Allocution à ceux de mes proches qui pensent pouvoir me dire qui
je suis, me désigner ma place sur terre et me laisser la vaisselle 

            eh, je ne suis pas une page blanche
            que vous puissiez emplir de vos
            élucubrations
            reposez-moi immédiatement


            Glory

            il fait zéro degré je cours en short
            les gens me regardent parce que je cours en short
            j’existe dans leurs yeux
            je vois leurs yeux entre les cache-nez les chapkas
            je me vois dans leurs yeux je vois mon short
            je le vois comme un plaisantin qui ferait signe
            à la caméra dans un flash spécial derrière
            l’épaule du journaliste compassé
            mon short me fait signe dans les yeux des gens
            je me sens moins seule je me sens divertissante
            un peu
            j’aimerais que les températures soient négatives
            pour exister encore plus en short pour
            qu’on me tende le micro dans sa bonnette de saison
            et si mes poumons gelaient
            comme c’est arrivé à d’autres dit-on
            du moins aurais-je connu la gloire
            en short un court instant


        
            Tondeuse


            quand on est seul

            on peut faire des trous sur le crâne à 23h
 

            avec la musique expérimentale un peu fort et personne ne dit

            que ce n'est pas de la musique

            ni qu'est-ce que c'est que ce trou sur le crâne

            on peut rire et pleurer en même temps sans devoir

            s'en expliquer le chat

            a l'habitude le chat aussi a perdu son compagnon

            le chat est seul aussi maintenant le chat

            comprend peut-être que quand les organes

            explosent et qu'on n'a pas la langue pas

            l'interlocuteur qui parle la langue on n'a d'autre

            choix que de sentir en silence et c'est

            amusant aussi un feu d'artifice solitaire

            à l'intérieur après tout pourquoi

            ne le serait-ce pas ?



(Début 2018, ces textes figureront dans le prochain recueil de Fanny Chiarello.)


Fanny CHIARELLO :
Née en 1974 à Béthune, Fanny Chiarello est lilloise d’adoption. Après avoir vécu à Arras et Liévin.
Elle a été lancée en région, au début des années 2000, par les éditions Page à Page puis a ensuite rejoint les éditions de l’Olivier. Plus connue comme romancière avec une quinzaine de romans adultes et jeunesse à son actif, dont le Prix Orange du Livre 2015 pour Dans son propre rôle, son œuvre poétique mérite tout autant d’être découverte.
Elle a publié deux extra recueils : La fin du chocolat (2006) et Je respire discrètement par le nez (2016) ainsi qu'un recueil de textes courts, Un collier de nouilles (2008) aux éditions des Carnets du Dessert de Lune.
En 2018, Fanny Chiarello publiera son 3e recueil, Un pas de côté, toujours aux éditions des Carnets du Dessert de Lune.
Chaque semaine, dans la banlieue lilloise - le plus souvent dans des petites villes post-industrielles - Fanny Chiarello avale aussi les kilomètres en courant. Munie d'un appareil photo, elle capture alors la poésie et les incongruités insolites de cet environnement de briques et de béton.

Dernières publications :

Romans :
fanny-chiarello-je-respire-discrètement-par-le-nez
Dans son propre rôle (Prix Landerneau Découverte, Prix Orange du Livre), L’Olivier, 2015
Tombeau de Pamela Sauvage, La Contre Allée, 2016 
Le zeppelin, L’Olivier, 2016

Romans jeunesse :
Le blues des petites villes, L’École des Loisirs, 2014
Banale, L’École des Loisirs, 2015
La vitesse sur la peau, Le Rouergue, 2016

Poésie / textes courts :
La fin du chocolat, Carnets du Dessert de Lune, 2005
Collier de nouilles, Carnets du Dessert de Lune, 2008
Je respire discrètement par le nez, Carnets du Dessert de Lune, 2016

Anything goes
, le blog de l'auteure


mardi 3 octobre 2017

Des nouvelles du front

 
Très prochainement, je signe la préface du premier recueil de Marc Guimo, poète quadra. Je suis aussi content que ce dernier de la sortie de sa plaquette Polder n°175 coéditée par la revue Décharge et les éditions Gros Textes.

(Consulter la collection des Polders déjà publiés.)
jack hirschman
Ginsberg, Norse, Hirschman,McClure, Kaufman
San Francisco, 1975. Photo by Diana Church.

Je publie deux textes dans le prochain numéro n° 157 ou 158 de la revue Bacchanales intitulé « Poésie et Sport ». Cette copieuse revue est éditée depuis plusieurs années par la Maison de la Poésie Rhône-Alpes. On lui doit par exemple la publication de Tout ce qui reste, une anthologie bilingue de Jack Hirschman, un des merveilleux poètes américains vivants.

(Consulter les anciens numéros de Bacchanales.) 

Je remets le nez et les poings dans mes propres textes. N'ayant plus publié de recueil depuis 2016, et ayant surtout beaucoup milité pour les autres poètes, il est temps de revenir à soi-même.
carole fives-françois-xavier farine
Caroles Fives et mézigue (août 2017)

Je me demande enfin si, de temps à autre, je ne vais pas aussi parler des romans, des romanciers et des romancières qui me sont chers sur ce blog... et faire une entorse à ma passion première qu'est la poésie ?

Bé oui, on verra bien...