samedi 31 décembre 2016

vendredi 30 décembre 2016

Pier Paolo Pasolini (1922-1975)

« Comprenez-moi bien, disait-il aux gamins des rues en nage, jouer au foot c’est la même chose
que de peindre, que de composer de la poésie ou d’écrire des histoires. Alors il faut y aller en donnant tout ce qu’on a. »

Propos de Pier Paolo Pasolini cités dans le recueil de nouvelles, L’ange de Coppi, d'Ugo Ricarrelli, Phébus (2013).
 

mercredi 28 décembre 2016

Elle me demande avec circonspection si je pense très sérieusement changer de boulot alors que quoi... ?


Au bureau, je vis dans 7 m2
avec ces lumières aveuglantes au plafond
ces stores jamais relevés
sur un rectangle de nature
qui halète
un parking bondé
un ciel bas et poussiéreux
cette collègue bipolaire qui passe son temps
à scruter ses sms et à blablater quotidiennement
de ses problèmes de couple
à fuir sa libido en courant frénétiquement
tous les midis sur un tapis
et en ingurgitant 3 yaourts bifidus
pour espérer un jour aller mieux…

mercredi 21 décembre 2016

Première édition des lectures-rencontres poétiques dans le Nord en 2014


jeunes poètes d'aujourd'hui
(Photo Saïda Roquet, mars 2014.)
De gauche à droite : Jean-Yves Plamont, Cédric Bernard, François-Xavier Farine,
Thierry Roquet, Marlène Tissot, Frédérick Houdaer, Caroles Fives,
Sophie G. Lucas, Simon Allonneau et Jean Marc Flahaut.


2014 > 1ère édition : Sophie G. Lucas, Marlène Tissot et Frédérick Houdaer
2015 > 2e édition : Grégoire Damon et Simon Allonneau
2016 > 3e édition : Jean-Yves Plamont et Eric Dejaeger


jean-yves plamont-eric dejaegersophie g lucas-marlene tissot-frederick hiudaergregoire damon-simon allonneau


En septembre 2017, on remet ça pour la 4e édition ! 

mardi 20 décembre 2016

Hubert Mounier (1962-2016), auteur-compositeur talentueux et discret

Hubert Mounier (1962-2016) fut le chanteur sautillant et énergique « à la voix de crooner » de l'Affaire Louis' Trio qui réalisa 6 albums de 1987 à 1997.
Il entama ensuite une carrière solo, relancé par Benjamin Biolay, lui-même, au début des années 2000. Il écrivit alors trois albums très personnels qui n'eurent hélas qu'un succès d'estime : Le Grand Huit (2001), Voyager léger (2005) et La Maison de pain d'épice (2011) co-réalisés avec Biolay, éclipsés peut-être par le côté « parodique », de « pop dégingandée » incarnée à la fois par son personnage de chanteur festif et l'insouciance de son premier groupe des années 80-90.
Hubert Mounier a pourtant laissé des chansons plus intimistes, prémonitoires, délicates et ciselées – dont certaines auraient pu connaître un succès aussi retentissant que le célèbre tube « Mobilis in Mobile » (1993) comme « Nelson », « Le Grand Huit » ou « Le sourire en moins ».


   


 


Le site d'Hubert Mounier : on y retrouvera ses chansons et ses planches d'auteur de BD sous le pseudonyme de Cleet Boris.

dimanche 18 décembre 2016

Jeudi soir

je me précipite
dans une librairie
à cause de la pluie
cinglante
et froide

pour me me réchauffer
la coigne

Jean-Yves Plamont-Le Pole magnetique

au rayon poésie
je suis fier de tomber sur cinq exemplaires
du
Pôle magnétique
de mon ami Jean-Yves Plamont
(non loin du gros pavé merveilleux
de Brautigan contenant
la préface de Ianthe
qui doit certainement être
une personne mirifique
ou une mirabelle tendre)
j'ai posé l'un des livres
de mon ami
bien en vue
en tête de gondole
sur la quatrième
planche du rayon poésie
à la lettre P
entre Benjamin Péret et Francis Ponge
jusqu'à ce que cette fille

intriguée
et plutôt jolie
s'en empare
très vite elle le range avec d'autres
sous son bras
patiemment j'attends de voir
si elle va l'emporter

ou non
jusqu'à la caisse
(Elle en a déjà une pile importante à ses côtés)

Hésitante
elle parcourt à nouveau le recueil
en souriant
avant de le redéposer
délicatement

à l'endroit initial
choisissant à sa place
un
Poésie/Gallimard d'André du Bouchet
souvenir de mes universités
où le monde hélas persistait déjà
à être snob
et à vieillir prématurément.

dimanche 11 décembre 2016

Nasser Rabah né en 1963

« Si nous plantons des balles ?
   Que poussera-t-il dans la terre
   De jeunes cadavres ou des arbres morts ? » 


Nasser Rabah, One of none, 2011, traduit en 2013.

Poète palestinien né en 1963 à Gaza. A étudié l’Ingénierie agricole à l’Université du Caire et  publié un recueil poétique intitulé Course derrière une gazelle morte (2003).

jeudi 8 décembre 2016

Michel Merlen, la blessure irradiante du réel


La poésie de Michel Merlen m'interpelle et m'émeut depuis longtemps. Je ne sais pas comment aborder cette poésie sans en faire trop. Elle est proche de l'épure et de l'essentiel. Chaque recueil de l'auteur que j'ouvre depuis plus 25 ans m'inocule sa perfusion de tristesse et de désir mêlés. Presque incidemment, la nudité lumineuse de cette poésie me retourne les tripes à chaque fois. 

Publications de Michel Merlen, poète français né en 1940
Quelques-unes des publications de Michel Merlen

Né en 1940 à Hyères et vivant en région parisienne, Michel Merlen, « poète sincère et discret », se bat depuis plusieurs années contre la dépression, la déréliction, sans néanmoins jamais céder un pouce au malheur, « tentant toujours de rejoindre », comme il l'écrit lui-même dans le poème Noyau, « la galaxie du bonheur de vivre ».

En 2016, sa dernière et fine plaquette « anthologique », Le prince des solitudes, a été publiée en catimini dans l'indifférence quasi générale. Je pense même que le poète, lui-même, n'a pas voulu l'ébruiter.

Jacques Josse - qui l'a bien connu naguère - parle de « ses poèmes tendus entre le bleu du ciel et le fil du rasoir ». Il a visé juste.

Je ne peux me résoudre à l'idée, qu'un jour ou l'autre, Michel Merlen n'écrive plus de poèmes. Jugez-en par vous-même... 

Marine 

Il y a urgence
plus rien ne bouge
jusqu'aux os qui se taisent
ce silence quel crime !
Il y a des ennemis de la poésie
partout
pourtant quand le long métro bleu
entre dans le port
sous les jeans
les cuisses s'ouvrent. 

Sept mois 

Sept mois sans douleur
sous anesthésie
sans prendre une femme
sous un ciel de lit.
Circuit de la solitude
double huit
à la chaîne
un maillon file
licenciement
Ma tête parking vide
la folie entre
sans crier gare
Chaque mot tu
avorte une image
à force d'atteindre le hasard
mon regard banalise les villes.

Extraits de Le jeune homme gris, le dé bleu, 1980.

Numérique

Précédé par les sirènes de l'urgence
tu pars au travail
tu as peur des consoles des écrans
qui t'attendent
tu préfères regarder les épaules
des filles qui n'ont pas fini de grandir

le bureau immense
ressemble à une exposition Kafka
tu avales comme un voleur du tranxène
impossible de reculer
les chiffres sont là
avec leurs yeux froids
ils calculent ta valeur marchande

Extrait de Généalogie du hasard, le dé bleu, 1986.

Angst

il t'est arrivé un accident. Comme des
coups de maillet sur la mémoire à vif.
Les sapins bleus tournent. Angst pèse
sur chaque mot. Chrysalide de la pen-
sée. Encre ou rasoir. Les petits pas de
l'écriture brillent sur le givre. Ne pas
laisser  se  dilater  les  pupilles.   Tu
dois   rejoindre la meute des vivants.

Extrait de Borderline, Standard, 1991.

Une promenade

L'air est pur comme une source
Le vent joue de la guitare avec les arbres
les feuilles mordorées réfléchissent le
soleil
une femme aux seins nus marche sur un
sentier

c'est le silence mais ce silence est gai
les oiseaux rêvent
la jeune femme sourit de bonheur
et signe ce parchemin

On a peur
quand on a soixante-deux ans
de parler d'amour

Il est difficile d'être
sans avoir été

J'écris
un couteau
à la main
et j'éventre le vide

J'ai très peur de ne
plus être lu
Je n'ai pas choisi les poèmes
que je te destine

ami, amitié
femme nue
encre soleil

Inédit, publié sur le site du « Printemps des Poètes ». 

Michel Merlen, un article complet et fouillé de Christophe Dauphin sur le site Les Hommes sans Épaules.

dimanche 4 décembre 2016

Mickey3d

AS Saint-Etienne 1980
après le Grand Canyon est une des très bonnes chansons de sebolavy, le dernier album de Mickey3d, sorti depuis le 1er avril 2016...

Mickaël Furnon - si tu m'entends - fan de la première heure de l'AS Saint-Étienne et de leur ex-attaquant de choc d'hier, Johnny Rep, je ne désespère pas qu'un de ces quatre dimanches, tu me fasses signe via ce blog, hein ?

Avec Thierry Roquet, mon coéquipier en crampons sur le terrain de foot de nos enfances respectives, ça nous ferait vachement plaisir.


« Mon ami Geronimo, sous nos pieds
c'est plus des océans
c'est la nausée 

Mon ami Geronimo, s'ils pouvaient
tout balancer dedans, ils le feraient »



Le site de Mickey3d

samedi 3 décembre 2016

Basquiat déflagration

Jean-Michel Basquiat exposition paris 2010
(« Nothing to be gained here ») 

Il sourit presque naïvement
dans un costume
trop grand pour lui
mais ce sourire
trahit aussi
toute la béance du monde

il a graffé sa jeunesse
partout
sur les murs de Manhattan
signant SAMO© 
puis s'est tué 
avant de naître 
une second fois
(à dix-huit ans)
sous le nom de Jean-Michel Basquiat

Comme Bacon
il peint l'intérieur des corps
tourmentés
parfois même au dos des tableaux
pieds nus sur le sol
sur des palettes de bois
des boîtes
des portes
hérissées de clous
à SoHo sur son frigo
sur un casque de Quaterback
reconstitue des châssis grossiers
et des toiles
aux formes étranges
ficelées, couturées
qu'il trimbale partout
avec de la grosse corde

Basquiat inonde
sa colère
sur le ventre de la toile
ou l'étale à grands cris
de rage contenue
une débauche de couleurs
crues
à vif
pleines d'aplats
et de biffures chroniques
qui nous emportent
dans leur transe
comme si la violence
et la douleur
dévoraient
notre propre crâne

et que dire de ces figures
rupestres (proches
des dessins d'enfants)
squelettiques
malingres
qui nous ramènent
aux temps anciens
à une sorte d'immaturité
primitive ?

Il est un peintre puissamment
précoce
les Galeries de New-York
Los Angeles Rotterdam
Paris Bâle et Zurich
s'arrachent son vertige
lui font saigner la peinture
par intraveineuses répétées

À vitesse grand V,
il couche ses obsessions
la dynastie des grands rois nègres
des boxeurs & jazzmen
noirs américains
la liberté du be-bop
née du sax' de Bird
le grise autant
que la fêlure des notes
qui s'échappe
de la trompette tempétueuse
de Miles Davis

Entre deux célébrations
Jean-Michel Basquiat exposition Paris 2010grandeur nature
Basquiat se fait un shoot ou deux
puis dévisse à son tour
dans les couloirs de la mort
rouges noirs et vert-de-gris
de l'héroïne
ce sont visions cauchemardesques
et fantasmatiques
où des totems-taureaux lui apparaissent
des têtes fardées, scarifiées
masques vaudous
surgissant des torpeurs
glaçantes
glacées

L'art ne joue plus
c'est une nitroglycérine
qui dévaste tout...
Mais Basquiat s'en fiche
travaille comme un damné
se cherche un autre Dieu
(plus grand que lui ?)
pour en réchapper
s'accroche désespérément
à la crinière Pop Art 
de Warhol
qui, hélas, n'est qu'une postiche

Il tâche de se sauver
de peindre
au-dessus du gouffre
comme un ultime pied-de-nez
au mal qui le ronge
à l'enfer térébrant
au cataclysme ensanglanté
des seringues qu'il se plante
dans les bras

Jusqu'à ce que le Radiant Child
se dissolve dans sa toile
s'épuise
dans le blanc qui l'aspire
de plus en plus seul
de plus en plus incompris
malheureux
violent
paranoïaque
dérivant dans une nébuleuse
de signes tragiques…

jusqu'à ce qu'on crève
avec lui
de dépit
de sidération
face au long cri de douleur
de cette peinture en fusion
pour laquelle
Basquiat s'est arraché
prématurément

au magnétisme de la mort
et de la vie.
 

Inédit, janvier 2011.

vendredi 2 décembre 2016

Amandine Dhée, une belle découverte des éditions La Contre Allée

Amandine Dhée
Amandine Dhée au théâtre Massenet (2009)

Je vais déroger à l’esprit de ce blog. Vous parler d’une auteure que j’ai négligée jusqu’ici.
Je l'ai pourtant vue plusieurs fois en lectures publiques dans le Nord.

Né en 1980, Amandine Dhée a un univers très personnel qui combine drôlerie et gravité. Elle vient de la scène slam mais son écriture tient parfaitement la route, ne se désagrège pas dans deux de ses livres, bien ficelés, que j'ai lus récemment : Du bulgom et des hommes (2010) et Et puis ça fait bête d’être triste en maillot de bain (2013).

J'ai soudain songé à l’esprit d’Howard Buten qui se serait réincarné dans cette jeune femme moderne. À la poésie et à son esprit d’enfance préservé qui dynamite ou dégonfle l’esprit de sérieux des grandes personnes. J’ai aussi eu l’impression à la lecture de Du bulgom et des hommes qu'Amandine Dhée a mille idées à la minute quand elle décompose le quotidien, scrute la vie des gens en milieu urbain, leurs airs affectés, peu naturels, où la mécanique bien huilée des discours cache souvent une préoccupante réalité qui hurle et qui craquelle derrière les masques… ou les petits costumes tristes ou étriqués de l’existence.

Une écriture rafraîchissante sans édulcorant

Dans Et puis ça fait bête d'être triste en maillot de bain, Amandine Dhée offre une autobiographie « rafraîchissante » et émouvante où elle s’interroge sur des moments-clés de sa vie, avec délicatesse et humour, sans rien édulcorer de « l’histoire qui l’a façonnée et avec laquelle elle doit encore composer aujourd’hui ». Autant de fragments aux souvenirs précis qui recréent son histoire - de la naissance à l’adolescence jusqu'à ses premières signatures d'auteure - avec un même ton décalé.

Amandine Dhée écrit avec l’enfance en bandoulière. La séduction de son écriture réside dans cet humour qui dédramatise aussi les moments difficiles, invite à voir le monde sans œillères, avec un mélange de causticité et de compassion, et à ne pas se prendre trop au sérieux non plus. Elle évoque des sujets de société fondamentaux comme la phallocratie, le jargon et l'hypocrisie politicarde, le féminisme, l'oubli des plus démunis jusque dans leur histoire et leur mémoire de travailleurs invisibles...

Amandhine Dhée la femme brouillon
Son 5e ouvrage, La femme brouillon, paraît le 17 janvier prochain aux éditions La Contre Allée. Un éditeur qui soutient et défend cette jeune auteure, avec pugnacité, depuis ses débuts.

Un véritable éditeur du Nord de la France en passe de rééditer aussi deux ouvrages épuisés et essentiels de Sophie G. Lucas parus aux ex-éditions des états civils : moujik moujik et no town, deux titres qui véhiculent aussi une poésie sensible, à caractère social, bien ancrée dans le réel, de l'ordre du documentaire ou du témoignage vécu, à l'image de la poésie objectiviste de l'américain, Charles Reznikoff, et qui trouveront très vite leurs places dans le catalogue de cet éditeur passionné et surtout, en la personne de Benoît Verhille, un passeur et distributeur enthousiaste sur le plan national.

lundi 28 novembre 2016

John Giorno, poète post-beat, inventeur des « poèmes téléphoniques »


Jusqu'ici, je n’ai jamais parlé de la poésie de l’américain John Giorno né en 1936, sorte de poète-beat de la dernière heure, fréquentant l’underground new-yorkais au milieu des années 60, ami de William S. Burroughs et d’Andy Warhol. J’ai pourtant acheté, il y a près de dix ans, ses trois recueils de poésie publiés chez Al Dante : Il faut brûler pour briller (2003) : quel titre !, Suicide Sûtra (2004) et La sagesse des sorcières (2005).

Depuis lors, que devient John Giorno ?

Sa poésie hédoniste, à la fois sensuelle et crue, célébrant le sexe, la drogue, etc., composée de longs chants illuminés et cataclysmiques de notre époque, me manque terriblement. 

J'attends donc une nouvelle salve de ses poèmes pour endiguer la marche hypocrite et sale du temps.

©  texte original 1994 - traduction française (2003)
Voici un extrait de son premier recueil You got to burn to shine :

BERLIN &
TCHERNOBYL 

J'étais à Berlin
la semaine après
Tchernobyl,
et on a sans arrêt
été surpris
par de chaudes
averses
de printemps,
de grosses
grosses
gouttes de pluie
chargées de
radioactivité
m'éclaboussaient
le visage
et coulaient dans
mes cheveux
et entre mes lèvres
encore
et encore
et sans cesse,
de grosses grosses
gouttes de pluie
serties
de radioactivité
ont imbibé
ce blouson
en cuir
noir
que je porte
ce soir,
en lourdes
grappes
mouillées
dans le cuir
souple et noir
des épaules,
100 000 ryms
je ne le porte que
pour les grandes
occasions,
je suis comme
Louis XIV
j'ai un manteau
cousu de
10 000 diamants,
et je m'en suis bien
tiré.
                   (1986)


John Giono Performance au Flux Laboratory de Genève (2015)
Poème « Everyone gets lighter » (Tout le monde devient lumineux)
publié dans La sagesse des sorcières, Al Dante (2015)

dimanche 27 novembre 2016

Bonne pêche aux livres, cet été !


Les amateurs de livres anciens se raréfient, les connaisseurs des grands poètes d'hier également. C'est une aubaine pour moi ! Comme chaque été, j'ai ramené dans mes bagages un lot de livres dont je suis particulièrement fier. Certains bouquinistes semblent avoir compris qu'afficher des recueils à des prix exorbitants, prohibitifs les condamnaient à rester éternellement avec leurs cargaisons de beaux-livres inaccessibles en vitrine.


Celui dont je suis le plus fier, c'est un exemplaire du Droit d'asile du poète André de Richaud (1907-1968). Un petit Cahier Seghers dédicacé à Claude Roy. Cela faisait plus de 20 ans que je guettais un livre dédicacé de ce remarquable écrivain !

André de Richaud, ex-collégien à Carpentras avec Pierre Seghers, a été un grand poète du mal de vivre, écorché, « dans un état de précarité chronique », alcoolo jusqu'à la moelle. Il finira sa vie, à peu près seul, grâce à la générosité de quelques amis, dans un hospice de vieillards à Vallauris. Mais alors que le tout Paris littéraire ne savait plus du tout ce qu'il était devenu, le croyant mort... Du plus profond de sa haute solitude, André de Richaud leur répondit de la plus belle manière que ce fut en composant, en 1965, un petit livre extraordinaire et émouvant : Je ne suis pas mort aux éditions Robert Morel pour lequel il recevra le Prix Roger-Nimier. 

« Un écrivain ne peut pas être maudit. Ce sont les autres qui le sont. » 
André de Richaud

Je suis d'autant plus content que la dédicace d'André de Richaud s'adresse à Claude Roy (1915-1997), un autre poète important que j'aime toujours, dont il faut absolument relire le recueil À la lisière du temps qui lui valut le Goncourt-Poésie en 1985, ainsi que son passionnant journal de bord en plusieurs volumes qui s'étend sur près de 30 ans : de Moi je (1969) à Chemins Croisés (1994-1995). Claude Roy y évoque ses voyages, son métier d'écrivain et ses rencontres, ses amis-poètes et le cours de sa vie : celle d'un intellectuel et d'un homme sensible qui ressemblait beaucoup à sa poésie et qui aura toujours été attentif à ses contemporains, comme à l'air du temps. 


Mais pour revenir à André de Richaud et faire plus ample connaissance avec lui, je vous conseille de lire l'excellent Poète d'Aujourd'hui n°147 que le poète, Marc Alyn, lui avait consacré dès 1966. On peut très certainement encore mettre la main dessus chez les meilleurs bouquinistes sudistes ou parisiens.

mercredi 23 novembre 2016

Jean Breton (1930-2006), poète-éditeur et passeur mémorable

Jean Breton

Jean Breton a été toute sa vie un animateur de poésie, du lancement de la revue Les Hommes sans épaules à la création de la revue Poésie 1 (avec Jean Orizet et Michel Breton) de 1969 à 1988.
Il a fondé en 1966 jusqu'en 1997 les formidables éditions Saint-Germain-des-Près (SGDP) publiant énormément de poètes-clés ces années-là.
Il a également réalisé une dizaines d'anthologies en volumes.
Ses chroniques sur le vif : 1952-1980 (1982) et son Poésie pour vivre, manifeste de l'homme ordinaire (1964) coécrit avec Serge Brindeau, où se sont reconnus beaucoup de poètes de sa génération, témoignent de son immense activité et de sa passion chevillée au corps pour la poésie du XXe siècle.

À redécouvrir son double recueil : Chair et soleil (Prix Apollinaire 1961) suivi de L'été des corps (réédition Le cherche-midi, 1985).

Son fils, Alain Breton, poète lui-même, poursuit la voie de son illustre paternel à la tête des éditions de la Librairie-Galerie Racine, située dans le 6e arrondissement de Paris (métro arrêt Odéon), non loin de l'actuel Marché de la Poésie de la Place Saint-Sulpice.




Un merveilleux reportage de 1969 sur la librairie Saint-Germain-des-Près où le poète-éditeur, Jean Breton, évoque le premier recueil de Daniel Biga

Bio-bibliographie de Jean Breton

Jean Breton, la poésie pour vivre, article de Michel Baglin sur Texture


En 2006, la revue, Les Hommes sans épaules, lui a consacré un numéro spécial intitulé « Jean Breton ou le soleil à hauteur d'homme » sous la houlette de Christophe Dauphin.

mardi 22 novembre 2016

Un poème de Jean Breton

surnommé « un Musset en blue-jeans » . En 1966, L'Été des corps avait surpris par sa violence, sa sincérité presque insoutenable et, vingt ans après, l'éditeur et poète Guy Chambelland avait ajouté que « ce livre demeurait l'un des plus paroxystiques de sa génération » .


 
 Coll. privée F-X Farine

 
CROQUER L'AVENUE


Le soleil soulève des robes
dont les couleurs bourdonnent
de chaque côté de l'avenue
où j'avance, bête aveuglée

La ville est belle à en crier !

Un berceau racle le trottoir
Ce caniche mouille l'arbre noir d'une botte
Cette femme fardée, l'oeil en fuite,
conduit une Buick aux pare-chocs tordus

La route a tué l'an passé 8500 personnes.
" Paris-Journal " l'avait prédit, en 72 capitales grasses !

Sur la terrasse des cafés
la foule s'étale, bedonnante d'insouciance
Les vieux sont riches cette année
On dirait que toute la ville a tué le cochon

Souscrivez à l'emprunt des Charbonnages
de France, à 5%, capital indexé...

Les garçons raflent ce qu'on leur laisse
le dix pour cent minimum au pas de course
Il faut vivre vite pour ne pas penser !
Un CRS, le col enneigé de pellicules,
monte la garde d'un monument désaffecté
On a le physique et l'emploi qu'on mérite

Engagez-vous dans les casquettes vertes
L'Armée vous offre un avenir
une cure de sang frais dans les Djebels ! 

Belle journée ! chantonnent les dactylos 1960
qui descendent de bicyclette
pour offrir leurs seins au premier venu
s'il chausse une voiture neuve
et s'il a du sexe en banque.